Hymne
Beau Soleil Pieuvre Brûlante
Ce sont tes lumineuses
tentacules
Qui retiennent les
planètes,
Pauvres navires obèses,
à la dérive dans la mer noire sans fond
Ni surface
De l’Espace, où les
étoiles ne sont que les yeux multiples du vide
De
l’inconcevable vide….
Soleil sans compassion ni haine
Sans oripeaux
ni masque
Pur poulpe
jaune aux muscles primitifs
Ô parfait
philosophe plus total plus véritable
plus impersonnel que la plus haute parole humaine
A la
lointaine comme à la plus proche planète
Tu accordes
tes brûlantes ventouses
Sources
flasques où la vie goulue vient téter sans limites
Mais sais
tu même comment, toi lointain, toi sacré,
Sont tes
enfants qui viennent boire à tes éternelles mouvantes gourdes ?
Et de
quelle terrible, impensable inexistence sauves tu les neufs navires, les neufs
planètes si extraordinairement contingentes que tu retiens par tes bras sans
volonté ?
Certaines
sont d’informes bouillies de laves, de flammes, de volcans,
Astres
adolescents qui refusent toute maturation
Baignoires
de Dionysos l’hurlant ivre bonhomme,
Planètes exaltées cognant leurs
satellites comme des hommes battraient leurs esclaves et leurs chiens,
Planètes éructant de par milles
bouches et de par milles anus
Acharnées contre toute forme, en
guerre contre tout cadre, tout modelage,
Il n’y est pas question là bas d’un Dieu
potier, façonneur ou bricoleur de vies,
Mais de haine intarissable de l’Univers,
chaos, cratères, infinies vomissures telluriques, colonnes éphémères de gaz,
peuples de barbares en fusion perpétuelle
Instable théâtre où des géants s’affrontent,
refus interminables, rumination frénétique contre elle-même,
C’est des volcans copulant violemment sur
les sables cuisants d’un déni définitif,
Infini viol insatiable
D’autres sont de paisibles déserts
blancs ou écarlates,
Muets tombeaux d’astronautes,
cimetières sans âge où
Quelques Dieux fatigués viennent
étaler leurs flancs gras pour oublier la lutte
D’autres encore sont de
grosses pommes bleues criblées de
noirçures,
Mariées à elles même, ceintes d’un
anneau sur lequel s’épuise le coureur
Qui n’a pas encore compris
qu’il tournait en rond depuis milles siècles
Et tous ces cortèges sans fin qui
échappent à ton œil de pieuvre indifférente,
Champs d’astéroïdes qui ne
donnent aucun fruit,
Comètes éperdues qui cherchent le
refuge,
Satellites discrets poissons
Trous noirs incompréhensibles
pets de l’Univers
Mais il est une Planète
O Gros vieux Cargo rouillé
par les millénaires
Aux
cales grouillantes débordantes de vermine digne
Foisonnante prison toujours plus étroite
O vieille Terre belle comme
un beau fruit pourri
Seau d’eau où surnagent de grandes croutes
fourmillantes de bras et de jambes
C’est dedans ces cales dedans cette chair
dessus l’une de ces croutes
Que Moi, jeune créature, jeune bipède que la
vie et ses meutes de chancres n’ pas encore trop abîmé
Réside
C’est là que la bouche du
hasard m’a craché par le corps d’une femme
Et je n’ai pas besoin d’extravagants
télescopes ni de savants calculs, hiéroglyphes ruminés pendant des siècles,
Pour être précis dans ma pensée, j’écris… Et
je pense à tout ceci avec bonheur, avec une joie un peu timorée, avec
soulagement
Heureuse poussière parmi des
poussières de poussières,
Sur le plancher de Dieu qu’on
balaye chaque année lumière dit on,
Et j’attends calme le prochain
météore qui viendra pulvériser mon grand cargo et nous plonger dans
l’éternité (je l’imagine comme ce qui
était avant ma naissance pour moi seul)
Cependant qu’un Dieu sourcilleux
crachouillera sans intention de la vie
Quelque part ailleurs,
dans l’Univers…
Eduardo Pup