Les cendres novembre

 

 

 

Deux orbites blanches me regardent

Tachées d'une plainte sourde

Ces poils tombent dans l'abîme béant

Elle regarde à gauche, à droite

Avance à pas lent vers un coin sombre de la pièce

Abandonnée de toutes nitescences

La pièce se réduit soudain à des bougies

Allumées ici, par là

En rentrant dans la pièce

On s'approche d'elle

Comme attiré par une irrésistible fée silencieuse

Elle chante

Une douce voix bleue

Incandescence

Souffle cristal

Brise le givre vert du cuivre

Elle réapparaît avec ses deux lourdes orbites

Elle appelle

Sa tristesse se fait hiver

Elle sait ce qu'il va advenir d'elle

Elle se sent inutile

Cassée comme un jouet

Elle voudrait être aimé

Blanche neige n'aura pas son prince charmant

On l'ensevelira

Les animaux de la forêt

La belette

Le renard

L'écureuil

Viendront recueillir son âme devant sa dépouille

Elle est belle

Un visage au toucher, de soie

La morte disparue

On caresse en pensée son visage porcelaine

Est-ce ainsi que l'on rencontre nos morts ?

 

Les violons du Requiem sonnent ses pas aux échos de tambour

Les voix cyan chantent l'agonie

Elle entrevoie l'avenir

Une odeur de chaire morte

Qui couvre le parfum mauve des forêts scintillantes

Son coeur martèle comme un marteau

Son poil s'hérisse

Une pluie froide sur la peau

Elle tremble

Gesticule

Son visage pâlit

Vert, bleu

Les boutons qui se dissipaient dans l'harmonie du visage

Eructent

Volcan crachant du pue couleur cendre

Sa voix se fait calme et terrible

Des décharges électriques se déploient autour d'elle

Barrière barbelée

"Femme, je t'en prie

Regarde l'orange étoile du berger

Cette vive lueur croissant le crépuscule

Elle rassure depuis des millénaires les marins chavirés

Ils reposent dans les houles de la mer

Leurs corps sombrent dans la grande bleue"

La lumière déchoie

Le bleu n'est plus ciel

Le silence se fait plus profond

 

"Tu t'enfonce d'avantage

Les poissons te regardent

Tu t’éloignes, tu t’éloignes

Tes bras se tendent

S’enflamment pour te réchauffer

Je ne peux plus te suivre

Je te regarde t'éteindre peu à peu

Le feu de tes yeux s'amenuise à mesure que la fosse se rapproche

Un point lumineux

Tu es une étoile si haute, si haute

Dans l'immensité de l'espace

 

Bon voyage Mademoiselle

A bientôt !"

 

 

 

Arnold KALAMBANI

 

 

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