Les ombres
Chapitre
I
On est
jeté. Voilà. Précipité dans le champ de bataille. Il y a un ennemi nous dit-on. Où est il ? Qui est il ? C’est flou. En levant les yeux à l’horizon, il
y a la brume. La poussière s’élève. Le ciel est orangé.
- Poltron ! Que fais-tu là sans arme ? Ils
arrivent ?
- Qui arrive ? Par où ? Je n’veux pas
d’arme, je n’veux tuer personne.
- Tu n’as pas le choix. Sans arme, c’est la
mort !
- Etre mort vaut mieux que d’être la mort. Allez vous faire foutre !
C’est ainsi que je m’éloignais. C’est ainsi que je fus
traité de lâche. Je fais dans la dentelle moi, je suis un lâche responsable. Ce
bourbier déjà loin, je recherchais d’autres lâches de ma nature. Des cons, des
salauds qui ont abandonnés femmes et enfants. Ils sont méconnus de l’histoire,
ils lui ont tournés le dos. Ils s’en foutaient, comprenant qu’ils existaient
sans elle. A la poubelle l’histoire ! Franchement, tous ces rapaces agrippants leurs plumes pour y écrire leurs noms, la date,
ce qu’ils y ont faits. Ce n’est pas ainsi que se gagne la vie éternelle, c’est
là où l’illusion commence…
Ce déluge couvrant le sol d’une brume noire. C’est la
conception d’un artifice poudre aux yeux, dans lequel l’oiseau se jette, et
finit mazouté, incapable du moindre envole. Hegel précipita soudain l’humanité
à la fin.
On se racontait l’histoire pour mieux s’en
débarrasser - première ombre au tableau.
Le lendemain, ça sentait mauvais. La drogue avait pillulée, poudrée. Les zombies et d’autres espèces
étranges, gangrainaient un air qu’ils finirent par
dénaturer. Ils l’a répétaient, l’a répétaient… On voyait bien qu’ils ne
savaient plus ce qu’ils disaient. Les mots avaient perdu leurs couleurs, comme
le mouton sa laine - la moisson est passé ! Lorsqu’ils l’auront moulinés dans leurs cinquièmes estomacs, les ruminants consentiront
peut-être à la laisser fleurir en eux. A ce moment précis, ce sera le printemps
dans les jardins…
Je préférais boucher mes oreilles sur cet holocauste
musical. On n’a pas idée de retirer la chaire à un homme et de l’obliger à
marcher. Voilà l’ombre de la mort, inéluctablement présente.
Parcourant les corridors, lézards, blessures de
chaînes montagneuses. Je rencontrai un escargot recroquevillé, puis un second,
un troisième. Le vent soufflait, ça sonnait creux. Ils étaient morts. Le soleil
qui tapait fort, a dû les consumer. Que rêves en cendres, ombres passés,
m’a-t-il fallut briser. Les coquilles vides sont un poids, après la douzaine
j’y m’y suis adonné à cœur joie !
Chapitre
II
Je voyais l’église depuis le sentier.
- Le grand C mes frères et sœurs, celui qui nous
enivre de sa splendeur lorsqu’il est positif. Il vous demande encore de
consommer davantage. La situation éco-œcuménique est désastreuse, se pointe
l’ombre récession. Consommer mes frères et sœurs. Produisez davantage ! Là
se trouve nôtre salut.
Elle était pleine, ouverte vingt-quatre heures sur
vingt-quatre, sept jours sur sept. Des émeutes, il y en avait, incité par les
prêtres du marketing. Ils avaient le pouvoir, dit-on,
d’incruster un morceau du Saint Esprit dans leurs chocolats. Pas étonnant que
les fidèles s’endettèrent pour les posséder. Plus ils en avaient, plus ils se
croyaient à la droite de Dieu. Leurs avait-on dit que c’est la place du
mort ? C’est écrit dans leur Bouquin. Mais cette vérité là, comme les
sacristains adoptant la coiffe de n’importe quel parti, n’importe quelle cause,
pourvu qu’ils soient bien payé, est plongé dans l’impénétrable oublie ;
ombre qu’on invoquait pour pardonner la stupidité humaine. Miséricorde !
Ils se glorifiaient même de leurs ombres, « fashon
victim », s’éclipsant eux-mêmes, se détachant de
toute responsabilité. Ils sont allés loin. Même leurs propres merdes, pondus
dans leurs propres chiottes, ils n’étaient pas responsables.
- Nous sommes incapable de merde, nous hommes
civilisés !
Sacralisation entre toute, le produit atteignit sa pleine
expression lorsqu’il s’empara de l’être même. S’abandonnant aux produits, le
consommateur s’est produit lui-même. Il se vendit, on l’achetait. Indexé sur la
valeur moyenne des produits. A quand le jour où il s’achètera lui-même ?
Le domaine s’étendait à perte de vue. On ne comptait
plus la faune et la flore assassiner. Comme tout église, elle avait son
armée : le prolétariat qu’on le nommait. Ils se dépossédèrent, mené par
des voix lointaines, arrêter par des uniformes sacerdorçales,
qu’ils craignaient, mais qu’ils désiraient ardemment prendre la place, pour
être au-dessus, toujours plus haut. Et mettre les autres au pas de leurs voix, arrêter elles aussi. Quelle bande de con ! Sous son
apparence de gaieté et de joie, l’Eglise fut bâtis sur des rapports humains fondé sur la peur. Les gens sans produit n’existaient pas,
ils n’avaient aucun symbole par lesquelles ont pouvaient socialement les
définir. Cette existentialisme du produit maïeutant
les êtres, est une métaphysique qui n’a rien compris aux beaux-arts, en la
reléguant à un divertissement dont on peut se passer de tout esthétisme, et
rationaliser à l’utilité « social » : la grande thérapie. Parce
que la valeur esthétique échappait toujours, le grand C ne considérait qu’une
ombre : le chiffre, principe de toute valeur possible. Je n’étais pas de cette existentialisme là, de ce nihilisme. Je l’avait fait savoir. J’allais au-delà de ce chiffre, peste
qu’on me refilait. J’ouvrais des brèches, des sentiers vers une ombre…
Chapitre
III
Je
sentais que c’était là le bout du voyage. L’avenir n’a rien d’autre à offrir
qu’une immense plaisanterie. Si au moins elle était drôle… L’ombre qui
s’élevait était horrible. Mais assez, je ne me ferais pas martyr.
- Poltron ! Que fais-tu sans arme ?
- J’ai une arme, mon ombre. Elle a dévalé la montagne,
c’est un lion. Regardez le sol trembler, il arrive bientôt. Mais, de quoi
avez-vous peur Générale ?
- Ce n’est pas une arme conventionnelle. Comment
fais-tu pour invoquer un lion ?
- C’est une magie oubliée. J’écoute vos discours,
ombre du vide, qui veulent invoquer le réel. Ils n’ont
aucune force sinon celle de la parure. Mes phrases, je les imbibe de mon sang,
on ne peut méconnaître leurs cris.
Le lion bondit sur le général et le dépeça d’un trait.
Nous sommes dans une jungle. Il n’y a jamais eu de loi, sinon celle du plus
fort.
- Hommes qui m’écoutez,
faites surgir l’ombre de la foudre qui gît au plus profond de vos entrailles.
Je veux entendre tonner. Rugissez !
Arnold KALAMBANI