Le phoenix pluriel

(mouvement perpétuel)

 

 

 

Aujourd’hui, mon corps trop engourdi, et pourri de la pluie fade des années gaspillées m’est apparu inacceptable. Vers quel sinistre fossile suis-je en train de l’acheminer, et au prix de quelles douloureuses et inutiles exigences ? Il n’est pas question de finir ainsi cette vie ! Ah, je ferais sortir de mon ventre, en mourrant, un enfant espiegle, qui aura tout mon sang. Il jouera du tambour, mâchera des fleurs et grimpera aux arbres, n’obéira qu’à de soudains caprices. Mais bientôt, du ventre de cet enfant, de mon âme miniaturisée, sortira un loup cruel, et féroce, qui fera entendre ses hurlements jusqu’en Sibérie. Il se nourrira de toucans, de soldats et de tyrans, voire de jeunes filles piégées par la forêt. Puis, repu de tant de viande, il sortira de son ventre un vieux sage aborigène, Goulgounou, qui méditera, et se reposera les pieds dans la mangrove douce. Puis une jeune femme au corps trop splendide pour n’être pas arrogant, sortira de la carcasse nette du vieillard. Mais elle mourra elle aussi, pulvérisée par la foudre sur une plage. Des cendres ventrales de cette femme, sortira ensuite le plus épouvantable des capitaine d’industrie, Pieuvre cynique, qui fouettera ses ouvriers sans passion avec ses tentacules pour accélérer les cadences. Mais celui-ci fut broyé par un coup de clé, de la main d’un ouvrier, et il sortira de son ventre un agneau. Et puis… Et puis…. Assez de la courte durée ! Voici le Mouvement perpétuel ! Je connaîtrai le vertige du phoenix !

 

Eduardo Pup

 

 

 

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