« Dans la polluanteur matutinale… »

 

 

 

          Dans la polluanteur matutinale

 

             Où plane le corbal, tout blanc, perdu

 

             Où chie, subreptice, un vieux loquedu,

 

             Puis se torche avec la dernière étoile,

 

 

            Avant que les cartons du Limonaire

 

            Ne poussent pour le touriste ébahi

 

            Leurs époumonnades de tous pays

 

            Monte de loin une rumeur monaire

  

            -Non point binaire ! Monaire ais-je dis !-

 

            Imaginez plus con que militaire !

 

 

           C’est la chanson glacée des monopèdes

       

          La multitude noire de ceux qui

 

          N’eurent, n’ont et n’auront qu’un pied dans la vie

 

         Un pied gourd au bout d’une jambe raide

 

         (L’autre nulle ne sait où elle est partie !)

 

         Et ils frappent sans que rien ne remède

 

        A leur unique pied que ce seul bruit :

 

        « Plof ! » ou « Ploum ! », bref, une chose très laide

 

        Un truc à vous desétoiler la nuit !

 

   

        Des monopèdes la chanson glacée

 

        S’exécute en s’appuyant l’un sur l’autre 

 

        Puisqu’ils n’ont pas deux pieds comme les nôtres !

 

        Et cela les dispense de penser…

 

       Se demande t-on sur quel pied danser

 

      Quand on n’en a qu’un ? C’est lui, c’est forcé

 

       Qui est planté à la besogne et qui saute !

 

       Qui saute à l’unisson avec les autres…

 

 

        L’unisson c’est le Dieu des monopèdes

 

          Ils y croient, Ils y croient ! Ha ! Ils y croient !

 

          Existeraient ils s’il n’y croyaient pas ?

 

          Ils sont boiteux, le nombre les tient droit

 

         Sans qu’ils aient besoin de la moindre entraide

 

         Et ils font bloc les monopèdes

 

         Comme des bêtes dans le froid

 

 

 

 

                                                       Daniel Fatous

 

 

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