Les rêves sont morts
« Les rêves sont
morts »
C’est lui qui l’a dit
Elles se propageaient dans
l’interstice clarté
Du fond de l’abîme
On les extrayait avec une
hache
Perforant le corps
Jusqu’à l’âme
« Les rêves sont
morts »
C’est lui qui l’a dit
Un chétif marin
Aux orbites lourdes du
souvenir de la mer qui ruisselle sur son visage
Marin jetant l’ancre
Là
Dans un port où nulle
accordéon note son retour
« Les rêves sont
morts »
Il les a vu là-bas
S’envoler
Mouettes migrantes vers le
nord
Ce désert blanc qu’elles
tâchent de la pointe de leurs ailes noires
Le grincement implacable du
vide
Béant l’azur
Aurore boréale
Leurs dernières envolent
Leurs derniers signes
Balaie multicolore
Se consumant dans les cieux
« Les rêves sont loin
Dans l’immensité de l’espace
Dans un quasar
Dans un soleil
Dans une lune
Narguant la terre
Les nuits blêmes
Il les croyait sur terre
Il les contemple à présent
Là-bas
Dans la voûte de son église
Qui le préserve
Qui élève son âme à
l’extase »
Le marin tire sa révérence
Abandonnant
Mâts
Proue
Bâbord
Tribord
Voile
Gouvernail
Il brise les bras de sa mer
Ceux qui l’emmenait
Jadis
Il garde l’ancre
Son cœur d’ancre
Lourd
D’une infini tristesse
« Les rêves sont morts
Et moi
Marin de cœur
Où pourrais-je trouver l’amour
en ce monde »