Lac
« Tout pour l’œil rien pour
les oreilles »
C. Baudelaire
Entre les
montagnes arides
Les eaux prisonnières
Reposent, scintillent,
Comme un ciel ayant chu.
Rien sinon les monts
Et la lumière entre les brumes;
Eau et ciel reposent,
Sein contre sein, infinis.
Comme le doigt qui effleure
Des seins, un ventre,
Un souffle froid, maigre,
Fait frémir les eaux.
Le silence vibre, vapeur
De musique pressentie,
Invisible à l’ouïe,
Seulement pour les yeux.
Seulement pour les yeux,
Cette lumière et ces eaux,
Cette perle endormie
Qui resplendit à peine.
Tout pour les yeux.
Et dans les yeux un rythme,
Une couleur fugitive,
L’ombre d’une chance,
Un vent soudain
Et un naufrage infini.
Octavio Paz,
1947